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Améliorer sa flexibilité psychologique grâce à la thérapie d’acceptation et d’engagement

Améliorer sa flexibilité psychologique grâce à la thérapie d’acceptation et d’engagement
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Les recherches en psychologie et les savoirs progressant, les techniques de psychothérapie évoluent. Parmi les plus récentes d’entre elles la thérapie d’acceptation et d’engagement (en anglais acceptance and commitment therapy, ou ACT) – une thérapie comportementale et cognitive qui met en pratique la théorie des cadres relationnels – est aujourd’hui en plein essor. De quoi s’agit-il exactement ?

Des thérapies en constante évolution

C’est à la fin du XIXe siècle que le terme de « psychothérapie » est employé pour la première fois : Hippolyte Bernheim, professeur de pathologie interne à Nancy, souligne alors l’effet thérapeutique de la relation médecin/malade.

Les premières approches psychothérapiques ont été centrées sur la construction d’un espace de parole et d’un lien thérapeutique, et visent notamment à révéler au patient les conflits inconscients dont il souffre, pour l’amener à changer son organisation psychique. Des approches focalisées sur ce qui peut être objectivé, à savoir les comportements, leur ont rapidement succédé, en trois grandes vagues :

  • La première, dite comportementale, s’est étalée de 1950 à 1980). Elle a visé à substituer à un comportement inapproprié un autre qui soit plus adapté, en tenant compte des conséquences (on parle de conditionnement opérant) ;

  • La seconde vague, dite cognitiviste, a s’est étendue de 1980 à 1990. On s’est alors intéressé aux croyances négatives et aux pensées automatiques et dysfonctionnelles qui sont à l’origine de comportements inadaptés ;

  • Enfin la troisième vague est en cours. Elle regroupe une grande famille de thérapies dont la pleine conscience (mindfulness), la FAP (functional analytic psychotherapy, ou psychothérapie basée sur l’analyse fonctionnelle), ou encore l’ACT : toutes cherchent à prendre en compte les émotions, en intégrant les acquis des autres psychothérapies et en se concentrant sur l’instant présent.

Ajoutons que les thérapies cognitivo-comportementales, ou TCC, ont fait l’objet d’une évaluation au début des années 2000, de même que les thérapies psychanalytiques. Ce travail de synthèse a mis en évidence des résultats variables selon les troubles envisagés : les TCC se sont notamment révélées efficaces dans la prise en charge de la schizophrénie (stabilisée en ambulatoire et avec médicaments), de la dépression, du trouble panique, du stress post-traumatique, des troubles anxieux, de la boulimie, des troubles de la personnalité ou encore de la dépendance à l’alcool. L’ACT a quant à elle fait l’objet d’un certain nombre d’études mettant en avant son intérêt.

L’ACT, principes et objectifs

Développée par les psychologues américains Kelly Wilson, Steve Hayes et Kirk Strosahl, l’ACT vise d’abord à améliorer notre flexibilité psychologique, c’est-à-dire la capacité d’être en contact avec les émotions et les pensées du moment présent.

Pour y parvenir, elle s’appuie sur l’analyse des comportements selon le modèle ABC (antecedent, behavior, consequence). Contrairement aux autres TCC, cette thérapie ne cherche pas à faire adopter de nouveaux comportements par le biais de l’expérience, mais par le biais du langage, dans une conversation clinique.

En pratique, l’ACT met l’accent sur l’instant présent en connectant les comportements à des valeurs de vie qui peuvent être incarnées à tout moment. Elle porte également l’attention du patient sur les pensées, émotions, et sensations physiques auxquelles il se heurte, pour trouver une solution fidèle à ses valeurs – lesquelles demandent alors à être précisées. Ce faisant, elle tient compte de la perspective de chacun, en cherchant à développer des capacités de flexibilité, à la fois sur le plan de l’attention et des comportements.

Il y a néanmoins un obstacle à dépasser. À savoir, l’évitement comportemental ou émotionnel induit par une expérience douloureuse. On peut en effet chercher à échapper à ce qui nous stresse sur le court terme (qu’il s’agisse de pensées, d’émotions, de sensations physiques), sans tenir compte des conséquences négatives sur le long terme. De fait, l’ACT ne vise pas à modifier la fréquence, la forme, ou l’intensité des expériences psychologiques douloureuses pour le patient, mais plutôt à intervenir sur les multiples moyens déployés pour les éviter.

L’Hexaflex : six axes de travail

Pour développer la flexibilité, le travail de l’ACT s’effectue donc selon six grands axes (d’où le nom d’Hexaflex), sans ordre préférentiel :

  • Le contact avec le moment présent : le patient est invité à observer en temps réel ce qui l’entoure, ce qu’il pense, ce qu’il ressent, depuis une perspective neutre et accueillante.

  • La défusion cognitive : il s’agit d’envisager les pensées ou émotions comme des phénomènes psychologiques différents des expériences réelles, pour s’en libérer.

  • L’acceptation : au contraire de l’évitement, le patient laisse aller et venir les pensées, émotions, sentiments ou souvenirs, en vue d’accepter ce sur quoi il n’a pas le contrôle pour le négocier au mieux, sans se laisser submerger.

  • L’observation de soi : elle consiste à distinguer le soi observateur du soi pensant, à observer les évènements psychologiques selon différentes perspectives.

  • Les valeurs : le patient doit découvrir ce qui compte le plus à ses yeux, pour construire une boussole de vie qui orientera ses actions.

  • Les actions engagées : il s’agit de se maintenir en mouvement vers ses valeurs par un ensemble d’actions, et d’en assumer les conséquences, c’est-à-dire les risques et les coûts.

L’Hexaflex est au cœur de l’ACT.
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Le déroulement d’une séance

Lors d’une séance, le thérapeute navigue d’un point à l’autre de l’Hexaflex en usant d’observations et de métaphores, parfois très ludiques, pour contourner les éventuels effets néfastes du langage.

Pour aider son patient à se repérer dans ses ressentis et ses comportements, il peut positionner ces derniers sur la matrice Hexaflex, et développer la technique de l’« aïkido verbal », avec des séries de questions du genre : que percevez-vous à travers vos cinq sens ? Quels hameçons pouvez-vous remarquer ?

Les réponses sont positionnées dans la matrice, ce qui permet au patient de se repérer et de faire la part des choses entre ce qui se produit en lui, ce qu’il perçoit, et ce qu’il décide de faire. Il développe ainsi des compétences de pleine conscience, de flexibilité, donc de choix.

Modèle ACT de la matrice pour observer l’intention de ses comportements.
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La séance procède ainsi par étapes pour le patient :

  • Observer et considérer ses ressentis, attitudes et comportements ;

  • Choisir d’effectuer de nouveaux comportements ;

  • Observer comment fonctionne ce choix ;

  • Choisir à nouveau, et ainsi de suite, en développant un apprentissage lié à l’expérience de ce qui fonctionne et en observant ce qui bloque.

Penser ce que l’on va (se) dire. (Se) dire ce que l’on va faire. Faire ce que l’on a pensé. Voilà qui résume le processus engagé lors d’une séance, qui se poursuivra et évoluera sans fin. D’une manière générale la durée d’une thérapie ACT est assez brêve, même si elle peut varier en fonction du contexte de chacun.

Face à un vécu intérieur douloureux ou inconfortable, l’individu peut choisir d’éviter ce ressenti à travers un comportement comme fumer ou manger. Le problème est que cet évitement fonctionne très bien à court terme, mais pas à long terme. En effet, une fois l’effet estompé, la personne se retrouve à nouveau au contact de ce vécu intérieur, au risque de répéter cet évitement et tomber dans l’addiction. Au risque, aussi, de s’éloigner de valeurs qui comptent pour elle comme la liberté, le respect, le fait de prendre soin de soi, etc.

Dans un tel contexte, l’ACT vise à aider les individus à apprendre à reconnaître les comportements qui fonctionnent pour eux-mêmes et pour les autres. Une compétence qui peut s’avérer utile à tout moment de la vie…


Pour aller plus loin :
● Le site de l’Association francophone pour une science comportementale contextuelle (AFSCC) ;
● La section consacrée à l’ACT sur le site de l’Association for contextual behavioral science (ACBS, en anglais)
.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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