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Confinement : quels impacts sur la motricité des enfants ?

Confinement : quels impacts sur la motricité des enfants ?
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© Kelly Sikkema / Unsplash, CC BY-SA

On sait tous que les enfants sont pleins d’énergie et qu’il leur faut bouger pour se développer. C’est du reste un impératif s’agissant d’acquérir les bases fondamentales de la motricité : pour être capable d’exécuter rapidement et efficacement des mouvements intentionnels, d’être coordonné, d’avoir le sens de l’équilibre, il est indispensable de participer à toutes sortes d’activités physiques et sportives, c’est-à-dire de courir, sauter, lancer, grimper, pédaler, nager…

Ceci étant, dans le contexte très particulier de cette pandémie de Covid-19, et davantage encore en période de confinement, tout entraînement sportif au sein d’une association se trouve proscrit. Les restrictions imposées sur les déplacements et la participation à des activités sportives ne risquent-elles pas de nuire au développement de la motricité des enfants ?




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Une période vulnérable

Au-delà d’une visible hausse de la taille et du poids, le développement de l’enfant se traduit par la croissance et la maturation des divers tissus et organes, et notamment du système nerveux central (constitué de l’encéphale et de la moelle épinière), véritable pilier du développement cognitif et moteur. Un développement amorcé bien avant la naissance, et qui, chez l’être humain, se prolonge sur une durée particulièrement longue.

Dans un premier temps, les nombreux et fins prolongements des cellules nerveuses (neurones) – appelés dendrites – ne cessent de créer des arborescences, ce qui les pousse à s’éloigner les uns des autres et occuper davantage de place. La taille du cerveau ne cesse alors d’augmenter, et ce d’autant plus que le prolongement principal de chaque neurone – dénommé axone – s’enveloppe d’une gaine de myéline et devient plus épais.

Cette myélinisation s’étale sur les premières années de vie pour le cortex, et persiste jusqu’à la prépuberté pour les motoneurones, cellules nerveuses connectées aux muscles et commandant leur contraction. La croissance du cerveau, particulièrement significative jusqu’à deux ans, continue quant à elle jusqu’à l’adolescence, tout en ralentissant cependant. Ce qui caractérise surtout l’enfance, c’est la formation de connexions – ou synapses – entre les neurones, et la mise en place de « circuits nerveux ». Celle-ci dépend énormément des expériences que va vivre le bébé, l’enfant, puis l’adolescent dans son environnement.

Avec le temps, de la petite enfance jusqu’au début de la puberté, les connexions nerveuses les plus utilisées vont se renforcer, quand les moins sollicitées vont disparaître. Il s’opère ainsi un « élagage synaptique ». Si ce tri, et la plasticité cérébrale qu’il permet en remodelant les circuits nerveux, sont essentiels aux apprentissages et au développement psychomoteur, ils rendent cette période de l’enfance particulièrement vulnérable.

Des aptitudes physiques à la baisse

En tant qu’adultes et parents, c’est à nous qu’incombe la responsabilité de ces apprentissages. Or à cet égard, les conclusions d’une étude publiée en septembre dernier ne sont guère rassurantes.

Ses auteurs se sont penchés sur l’évolution des capacités physiques des enfants sur une période de 10 ans, en comparant les résultats obtenus à une batterie de tests chez des Néerlandais âgés de 10 à 12 ans en 2006 et en 2015/2017 (respectivement 1 986 enfants en 2006, 533 en 2015, et 941 en 2017). Or ils mettent en avant une baisse ces quinze dernières années, de :

  • la vitesse de course obtenue sur dix fois 5m sur des allers-retours (baisse significative chez les garçons et les filles de 10 à 12 ans, de -4,5 et -5,1 %),

  • la souplesse rachidienne mesurée en position assise, les jambes tendues et en poussant les bras le plus avant possible (baisse significative chez les filles de 10 à 11 ans, de -6,6 à -11,3 %, et chez les garçons de 10 à 12 ans, de -7,5 à 10,6 %),

  • l’endurance de force des bras mesurée en étant suspendu à une barre horizontale le plus longtemps possible (baisse significative notamment chez les garçons de 10 ans, avec -44 %),

  • la force explosive des jambes mesurée sur un test de saut vertical (baisse significative chez les filles et les garçons de 11 ans, avec respectivement -5,6 % et -4,7 %).

Ces résultats vont dans le même sens que ceux obtenus il y a dix ans par le même groupe de recherche, et portant sur l’évolution des mêmes capacités physiques chez de jeunes Néerlandais de 9 à 12 ans entre 1980 et 2006.

Ils confirment par ailleurs le constat établi par d’autres équipes au Canada et dans d’autres pays européens (Royaume-Uni, Lituanie, République tchèque, etc.) Mais ils pointent également une autre tendance, concernant la motricité fine des enfants.

Une motricité fine améliorée

Chez les enfants de 10-12 ans, cette dextérité semble en effet s’être améliorée entre 2006 et 2015/2017. Le test utilisé consiste à taper alternativement deux plaques le plus rapidement possible avec la main dominante, cinquante fois de suite. Et les garçons comme les filles ont amélioré significativement leur vitesse, avec une progression respective de 6 et 5 %.

Cette amélioration n’est sans doute pas étrangère à l’augmentation du temps passé sur des jeux vidéo impliquant des mouvements rapides et précis, que ce soit sur l’écran d’un smartphone, sur des manettes de jeu ou sur le clavier d’un ordinateur.

In fine, les enfants ont perdu en termes de capacités physiques, tout en gagnant en motricité fine à force de s’exercer sur des jeux vidéo. Face à un tel tableau, quel peut être l’impact des périodes de confinement liées à la Covid-19 chez les enfants ?

Des comportements modifiés par le confinement

Restreignant les déplacements et interdisant ou limitant la participation à des activités de plein air, le confinement perturbe inévitablement le quotidien des enfants et modifie leurs comportements, comme en témoigne une enquête conduite en ligne du 28 mai au 4 juin 2020 sur quelque 1 004 enfants âgés de 6 à 18 ans.

D’après les réponses fournies, il apparaît que les activités sédentaires ont fortement progressé pendant le premier confinement. Les jeunes ont en effet déclaré qu’en moyenne, pendant cette période, ils ont passé 10h par semaine à regarder la télévision (contre 6,7h auparavant), mais aussi 7,7h à naviguer sur Internet (contre 5,2h il y a quelques mois), 7,2 heures à jouer à des jeux vidéo (contre 4,7h en février), ou encore 5,1h à discuter avec des amis via les réseaux sociaux, SMS, etc. (contre 3,7h en février).

Sans surprise, le temps consacré aux activités sportives s’est à l’inverse trouvé réduit : 2,7h par semaine, contre 3,5h il y a encore quelques mois. On est bien loin de l’heure quotidienne d’activités physiques et sportives d’intensité modérée à forte recommandées par l’OMS, même si l’on ajoute à ce temps d’activité les 2,8h de marche et de vélo déclarées par les participants. Sans compter que si 86 % des jeunes déclarent avoir fait du sport durant le confinement, 14 % disent ne pas en avoir fait du tout.

Un constat inquiétant

Sachant que les capacités physiques des enfants ont diminué, mais aussi, comme l’a montré une étude menée sur près de 600 enfants du primaire, qu’il existe une corrélation négative entre sédentarité et aptitudes motrices, et inversement une corrélation positive entre ces aptitudes et la pratique d’une activité physique modérée à forte, un tel constat est pour le moins inquiétant. De plus, au vu d’une analyse récente de la littérature sur le sujet, l’activité physique serait bénéfique sur le fonctionnement cognitif des enfants, et pourrait même avoir des conséquences sur certains déterminants de la réussite scolaire.

La petite enfance et l’enfance sont des périodes cruciales pour le cerveau. Et pour développer convenablement ses aptitudes motrices et cognitives, il parait essentiel que l’enfant puisse jouer, courir, sauter, lancer, grimper, pédaler, nager… et explorer le monde dans lequel il vit. Un manque d’étayage et d’explorations durant l’enfance affame le cerveau et abîme la construction de l’intelligence et de la motricité.

En cette période de confinement, soyons donc à la hauteur de nos comportements si nous voulons que nos enfants puissent se développer harmonieusement. Encourageons-les à pratiquer une activité physique : c’est essentiel tant pour leur bien-être physique et mental que pour leur développement cognitif et moteur. Du reste, il est chaudement recommandé aux adultes de suivre la même voie, cette fois pour prévenir toutes sortes de maladies non transmissibles…

The Conversation

Sébastien Ratel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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