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itinéraire d’un vaccin Pfizer contre le Covid-19


Immuniser la planète contre le Covid-19 constitue un défi logistique sans précédent que l’on pourrait comparer à une mobilisation mondiale en temps de guerre, si ce n’est qu’on a affaire à un ennemi invisible et présent partout.

Certains des vaccins doivent être conservés à très basse température, quasiment à tous les stades de leur parcours, jusqu’à leur injection. Les vaccins sont principalement produits dans les pays riches, alors que c’est dans les pays les plus pauvres que le besoin s’en fait le plus sentir, surtout aujourd’hui.

Si de nombreux pays riches comme Israël, le Canada et le Royaume-Uni sont parvenus à vacciner la plupart de leurs citoyens, la grande majorité de la population mondiale n’a pas encore reçu sa première dose.

Voilà plus de vingt ans que j’étudie les chaînes d’approvisionnement mondiales, y compris celles qui concernent les médicaments et autres produits liés à la santé. Pour illustrer la complexité et la difficulté du processus, je vous invite à suivre le parcours d’une dose de vaccin Pfizer (qui a été autorisée par la Food and Drug Administration le 23 août 2021), depuis une usine du Missouri jusqu’à son injection dans le bras d’un Bangladais.

Du Missouri au Michigan, en passant par le Massachusetts

Le vaccin Pfizer a en fait été développé dans le cadre d’un partenariat avec BioNTech, une société allemande.

C’est l’un des deux vaccins qui utilisent la nouvelle technologie de l’ARN messager (ou ARNm), consistant à fournir des instructions génétiques afin d’encoder une protéine virale. Une fois que les cellules de la personne vaccinée commencent à fabriquer la protéine du coronavirus, son système immunitaire est incité à produire de puissants anticorps capables de neutraliser le virus s’il est appelé à le rencontrer.

Le voyage qu’entreprend la dose de vaccin pour être distribuée deux mois plus tard démarre par la production des ingrédients de base dans une usine Pfizer à Chesterfield, une banlieue de Saint-Louis, dans le Missouri. Cette usine produit la matière première essentielle, appelée plasmide, qui se compose de brins d’ADN contenant les instructions génétiques nécessaires à la fabrication des protéines du coronavirus.

Les éprouvettes de ces fragments d’ADN sont congelées, ensachées, scellées, placées dans un conteneur et envoyées à Andover, dans le Massachusetts. L’ADN y est transformé en ARNm, qui est l’ingrédient actif du vaccin, sa « substance médicamenteuse ».

L’ARNm est ensuite emballé dans des sacs en plastique, dont chacun contient de quoi produire dix millions de doses, congelées et expédiées à Kalamazoo, dans le Michigan, pour la dernière étape du processus : la formulation et le remplissage.

La substance médicamenteuse est d’abord associée à des nanoparticules lipidiques – en gros, de la graisse – pour protéger l’ARNm et l’aider à pénétrer dans les cellules humaines. Ensuite, le mélange est introduit dans des éprouvettes en verre, à raison de six doses par éprouvette, elles-mêmes emballées et congelées avant d’être distribuées.

J’ai présenté ici un processus simplifié en trois étapes. La fabrication d’un vaccin, qui nécessite plus de 200 éléments différents issus d’usines réparties dans le monde entier, est nettement plus complexe.

Un homme vêtu d’un équipement de protection et d’un tee-shirt jaune verse de la neige carbonique dans un carton contenant les vaccins Pfizer
Les cartons spécialement conçus par Pfizer sont remplis de neige carbonique pour conserver les éprouvettes de vaccin à des températures polaires.
Morry Gash/AP

Conserver les éprouvettes à très basse température

En attendant d’être distribuées, les éprouvettes doivent être conservées à des températures allant de -80 à -60 °C, dans des super-congélateurs.

Pour vous donner une idée, la température annuelle moyenne au pôle Sud avoisine les -50 °C. Quant aux glaces ou aux steaks surgelés, ils doivent être maintenus, pendant le stockage et le transport à -30 °C.

Pour faciliter le transport de ses vaccins aux États-Unis et dans le monde entier, Pfizer a conçu ses propres glacières. Les éprouvettes sont placées sur des plateaux conçus pour 195 éprouvettes. Les glacières, qui contiennent cinq plateaux (soit 5 850 doses), sont équipées d’un traceur GPS et d’un capteur de température.

Les glacières Pfizer ne nécessitent aucun autre équipement particulier pour transporter les vaccins, et la température très froide y est maintenue à l’aide de neige carbonique, remplacée tous les cinq jours.

La neige carbonique étant composée de dioxyde de carbone sous forme solide, elle devient progressivement gazeuse, ce qui peut être dangereux sans une ventilation adéquate.

Dès qu’une cargaison est prête à partir, Pfizer contacte l’un des transporteurs internationaux avec lesquels il a établi un partenariat, comme UPS ou DHL, qui achemine sous 48 h une certaine quantité de boîtes vers un pays donné.

Deux hommes se tiennent à côté d’un entrepôt frigorifique contenant des cartons de vaccin Pfizer
Les pays doivent disposer d’une infrastructure de stockage à très basse température, comme cet entrepôt en Turquie, pour accepter les doses de vaccin Pfizer.
Turkish Health Ministry/AP

Le dernier kilomètre d’une éprouvette

Pour qu’un pays puisse recevoir le vaccin Pfizer, il doit être en mesure de conserver des produits médicaux très froids. Ce n’est pas un problème pour les nations les plus riches, mais les pays pauvres ont rarement les infrastructures nécessaires.

Une fois arrivé à destination, le chargement est placé dans un super-congélateur, généralement à l’aéroport ou dans un dépôt central, jusqu’à ce qu’il soit prêt à être utilisé. Le vaccin peut être conservé environ un mois avant d’être injecté.

Dans les pays pauvres disposant des infrastructures requises, comme le Bangladesh, la distribution est néanmoins limitée à quelques hôpitaux des grandes zones urbaines possédant des chambres froides à très basse température. Dans ce cas précis, seuls sept hôpitaux de la capitale, Dhaka, sont équipés pour conserver les vaccins Pfizer.

Le voyage glacé du vaccin Pfizer ne constitue lui-même qu’une partie de l’opération de vaccination. Les fournitures auxiliaires nécessaires à la vaccination se composent de seringues spéciales permettant de délivrer une dose de 0,3 ml, d’aiguilles, de tampons d’alcool stériles et d’équipements de protection individuelle pour le personnel de santé qui administre le vaccin.

De même, la préparation de l’injection du vaccin Pfizer est un processus complexe. Tout d’abord, l’infirmier laisse le vaccin décongeler jusqu’à une température comprise entre 2 et 8 °C dans un réfrigérateur où il peut se conserver 31 jours. Juste avant la vaccination, l’infirmier laisse l’éprouvette à température ambiante (entre 2 et 25 °C), où sa durée de vie n’excédera pas six heures.

Le vaccin voyageant sous forme de concentré, l’infirmier doit le diluer dans 1,8 ml de solution saline, obtenant ainsi de quoi réaliser six doses.

Une difficulté supplémentaire tient au fait que de nombreux pays à revenu faible ou moyen utilisent des seringues qui garantissent une dose maximale fixe et sont automatiquement désactivées après une seule utilisation. Cela permet d’éviter les approximations et les erreurs. L’UNICEF est chargée de livrer ces fournitures supplémentaires aux pays les plus pauvres qui reçoivent leurs vaccins par le biais de COVAX, l’initiative mondiale mise en place pour distribuer les vaccins Covid-19 aux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.

Plusieurs seringues contenant des doses diluées de 0,3 ml de vaccin Pfizer attendent dans leur boîte
La dernière étape du processus avant l’inoculation consiste à diluer le vaccin dans une solution saline pour créer des doses de 0,3 ml.
Jae C. Hong/AP

Un exploit monumental

D’autres vaccins sont beaucoup moins contraignants en matière de chaîne du froid, ils n’ont pas besoin d’être dilués et sont injectés à l’aide de seringues standard, ce qui les rend accessibles à bien plus de pays, y compris dans les zones rurales.

La plupart des vaccins Covid-19 dont l’utilisation est approuvée par l’Organisation mondiale de la santé, tels que ceux fabriqués par AstraZeneca et Johnson & Johnson, ne nécessitent qu’un stockage au froid standard, entre 2 et 8 °C).

Je me suis intéressé à Pfizer en partie parce qu’il s’est taillé la part du lion dans les doses données par les États-Unis pour le programme COVAX.

Au 22 août 2021, un total de 4,97 milliards de doses de vaccin contre la Covid-19 avait été administré, un exploit inimaginable à l’automne 2020. Mais la couverture mondiale s’avère très inégale. Un peu plus de la moitié de la population des pays à revenu élevé est vaccinée, contre 1,4 % seulement des populations à faible revenu, originaires, pour la plupart, de pays africains.

Le développement de plusieurs vaccins, dont dix ont été approuvés par l’OMS, en l’espace d’un an pour la plupart représente une véritable prouesse, fruit de la science et de la collaboration mondiale, surtout quand on sait qu’il fallait jusqu’ici compter une dizaine d’années en moyenne pour y parvenir.

La création des chaînes d’approvisionnement capables de fournir ces vaccins indispensables aux peuples du monde entier constituera un exploit tout aussi remarquable.


Traduit de l’anglais par Catherine Biros pour Fast ForWord



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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