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la santé mentale des soignants mise à rude épreuve

la santé mentale des soignants mise à rude épreuve
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Au sein du personnel soignant, la crise du coronavirus a durement frappé les esprits et laissera des séquelles. Dans les semaines à venir, certains d’entre eux pourraient même développer des symptômes de stress post-traumatique, qui touche habituellement les soldats ou encore les victimes d’attentats.

En première ligne face à la pandémie de coronavirus, médecins, infirmières et aides-soignants sont particulièrement exposés au stress et à l’anxiété. Interviewé par France 24, Bernard Astruc, psychiatre et spécialiste en santé mentale, s’attend à ce que des soignants développent des symptômes relevant d'”un état de stress post-traumatique” dans les semaines ou les mois à venir.

Selon lui, “les soignants sont souvent les premiers et parfois les seuls, dans nos sociétés, à voir des gens mourir”. C’est pourquoi leur santé mentale peut être menacée.

“Un soignant […] qui a pu observer sur lui-même des signes du Covid-19, peut, entouré de dizaines de personnes en train de mourir, développer ce que l’on appelle un état de stress post-traumatique, le principal syndrome que l’on observe dans ces cas-là”, explique le psychiatre. Habituellement, ce trouble apparaît chez des personnes “qui ont vécu la guerre ou des attentats”, précise Bernard Astruc.

“J’aimerais que ce ne soit qu’un rêve”

Aide-soignant dans le nord-est de l’Angleterre, Steve, qui a contracté le Covid-19 il y a deux mois, fait partie de ces soignants à risques. Guéri, il raconte l’angoisse de contaminer ses enfants.

“À mon retour au travail, je n’arrivais pas bien à dormir, je m’inquiétais du risque de rapporter le virus à la maison et de l’attraper de nouveau”, explique-t-il à l’AFP.

“Je n’aurais jamais imaginé avoir à travailler en première ligne pendant une pandémie. J’aimerais que ce ne soit qu’un rêve et qu’en me réveillant, le monde redevienne comme il était”, ajoute-il.

Pour Xavier Noël, expert des questions de santé mentale à l’Université libre de Bruxelles, “on a là tous les ingrédients d’un risque majeur de stress post-traumatique”.

Cauchemars, flash-back et réactions de fuite 

Le stress post-traumatique peut se manifester par des “souvenirs […] récurrents et intrusifs” et “une sorte d’état d’hyper vigilance” poussant à “être sur le qui-vive en permanence”, détaille le psychiatre Bernard Astruc, qui ajoute que les symptômes peuvent varier selon les patients.

Ceux-ci peuvent aussi présenter des “troubles du sommeil”, comme des “cauchemars” et “des réactions de fuite et de peur”. Des symptômes qui, d’après Bernard Astruc, peuvent “vraiment altérer la qualité de vie”.

Même si, souligne le psychiatre, “il est encore trop tôt pour pouvoir dire quelle proportion [de soignants] a été touchée” par ce syndrome, de récentes études donnent déjà un aperçu des traumatismes qui affectent les soignants mobilisés pendant la pandémie.

En Italie, du stress détecté chez neuf soignants sur dix 

L’une de ces études, menée début mai auprès de 3 300 soignants de Belgique néerlandophones, montre que 15 % d’entre eux songent souvent à “quitter la profession” contre 6 % en temps normal.

Une autre, réalisée par l’université de Madrid, observe que plus de la moitié (51 %) des 1 200 soignants interrogés présentent des “symptômes dépressifs”. Autre chiffre éloquent : 53 % présentaient des signes “compatibles avec un stress post-traumatique”.

L’université catholique du Sacré-Coeur de Milan a par ailleurs découvert que sept professionnels de santé sur dix dans les régions les plus touchées d’Italie souffrent d’épuisement, neuf sur dix de stress.

Selon la chercheuse Serena Barello, le stress professionnel habituel a été exacerbé par la charge accrue de travail, “mettant gravement en danger leur santé, non seulement physique, mais aussi émotionnelle et psychologique”.

Des appels en cascade dans les associations

De leur côté, les associations spécialisées ont constaté une hausse des sollicitations de la part des soignants.

En France, l’association Soins aux professionnels de santé explique recevoir plus de 70 appels par jour, contre cinq en temps normal. Certains d’entre eux ont témoigné d’un “risque de passage à l’acte imminent”.

De l’autre côté de la Manche, au Royaume-Uni, deuxième pays le plus touché après les États-Unis en nombre de morts, Laura Hyde, une association qui apporte un soutien psychologique, explique, elle aussi, avoir été inondée d’appels.

“Partout les personnels de santé ont été réellement touchés par tout l’amour qu’ils ont reçu de la part du public”, explique Jennifer Hawkins, une des responsables de cette fondation fondée en mémoire d’une infirmière qui a mis fin à ses jours en 2016. “Mais l’étiquette de héros peut, parfois entraîner une pression supplémentaire”.

“Un Superman ne va pas chez le toubib”

“La dure réalité de leur travail a des répercussions importantes sur la santé mentale”, prévient-elle. “Il ne faut pas que les professionnels de santé souffrent en silence, qu’ils se prescrivent ce qu’il prescriraient aux autres et demandent de l’aide.”

Une analyse partagée par Bernard Astruc, qui encourage les soignants à consulter en cas de signes d’anxiété et de stress.

“Une des particularités de ce trouble [l’état de stress post-traumatique], c’est que les gens restent chez eux et ne consultent pas. C’est encore plus vrai chez les soignants”, explique-t-il. “Finalement, le héros c’est celui qui ne va pas demander de l’aide. Un Superman ne va pas chez le toubib”, illustre le psychiatre.

Quelle prise en charge peut être envisagée pour ces soignants ? “On peut faire appel à des médicaments mais aussi à des psychothérapies”, affirme Bernard Astruc. Il prend l’exemple de l’EMDR, “une thérapie de désensibilisation qui va permettre de retraiter l’information”, d’après le psychiatre.

Le médecin insiste aussi sur l’importance de la prévention : elle poussera les soignants en détresse à se faire aider. “Il peut être tout à fait pertinent de proposer par exemple des lignes d’écoute psychologiques”, ajoute Bernard Astruc, qui a mis en place ce service dans sa propre plateforme de téléconsultation médicale, Eutelmed.

“Cela permet de faire un premier entretien de débrouillage, d’orienter vers un traitement adapté et de faire de la prévention”, indique-t-il.

Une aide précieuse pour ces soignants, alors que l’épidémie n’est pas encore terminée, selon les auteurs de l’étude de l’université de Madrid, Lourdes Luceno Moreno et Jesus Martin Garcia : “Une intervention psychologique urgente est nécessaire pour ce groupe si une seconde vague tant redoutée se matérialise”. Dans le cas contraire, préviennent-ils, “nous allons voir des professionnels abîmés émotionnellement et un système de santé sans capacité de réponse.”

Avec AFP

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