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Le temps de travail prolongé augmente le risque d’accident vasculaire cérébral

Le temps de travail prolongé augmente le risque d’accident vasculaire cérébral
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Chaque année, près de 17 millions de personnes sont victimes d’accident vasculaire cérébral, ou AVC.

Les symptômes les plus courants de cette pathologie, communément appelée « attaque cérébrale », sont une déformation de la bouche, une faiblesse ou un engourdissement soudain d’un seul côté du visage, une perte de force ou un engourdissement d’un bras ou d’une jambe, des difficultés d’élocution ou de compréhension. Ces signes sont le résultat d’une perte soudaine de fonctions cérébrales, en raison d’un arrêt brutal de la circulation sanguine, bloquée soit par un caillot (on parle alors d’AVC « ischémique ») ou en raison d’un saignement (AVC « hémorragique »).

En cas d’AVC, il faut agir vite.
ameli.fr

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer l’augmentation de l’incidence des AVC observée ces dernières années : vieillissement de la population, importance de certains facteurs de risque tels que le tabagisme ou l’hypertension artérielle, etc.

La question de l’influence des conditions de travail se pose également. En 2015, des chercheurs européens ont en effet mis en évidence l’existence d’un lien possible entre travail prolongé et accidents vasculaires cérébraux. Pour tirer les choses au clair, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT) ont demandé à un groupe de chercheurs dont je fais partie d’établir une synthèse des données existantes. Les conclusions sont claires : le lien existe bien.

Un effet modeste, mais bien réel

Pilotée par deux officiers de l’OMS et de l’OIT, cette revue de littérature systématique a été réalisée par une vingtaine de chercheurs de nombreux pays, sous la coordination de trois chercheurs (américain, italien et français). Plus de 7000 articles traitant du sujet ont été identifiés dans la littérature. Dans un second temps, 22 d’entre eux, qui avaient étudié spécifiquement le lien entre temps de travail prolongé et risque d’AVC, ont été analysés.

Ces 22 études retenues sont récentes et de bonne qualité. Elles proviennent d’Europe (dont une française), des États-Unis et d’Asie. Le temps de travail hebdomadaire de référence retenu par ces différents travaux était compris entre 35 et 39 heures. La notion d’accident vasculaire cérébral y avait été définie soit sur des bases hospitalières (à partir de bases de données où sont codés les séjours hospitaliers), soit en fonction d’avis médicaux.

L’analyse des données de ces différentes études a montré qu’une durée de travail comprise entre 49 et 54 heures par semaine augmente le risque moyen (« relatif ») de survenue d’accident vasculaire cérébral de 13 % (intervalle allant de 1 à 28 %). Lorsque le temps de travail dépasse les 55 heures hebdomadaires, l’augmentation du risque relatif est plus claire, puisqu’elle est de 35 % (intervalle allant de 13 % à 61 %).

Ces estimations conduisent à conclure à un lien significatif entre temps de travail supérieur à 55 heures par semaine et risque d’accident vasculaire cérébral.

Peu d’études s’étant intéressées à la mortalité résultant des AVC, il n’est pas possible de conclure sur ce point pour l’instant.

Tout le monde est concerné

La synthèse n’a pas mis en évidence de différence significative du type d’AVC, ischémique ou hémorragique, en fonction du continent d’origine, du sexe, de l’âge, ou du type de secteur professionnel.

Cependant, lorsque l’on détaille les résultats, le risque d’être victime d’un AVC, quel qu’en soit le type, semble plus clair chez les femmes, les catégories sociales intermédiaires et basses, ainsi que chez les travailleurs peu qualifiés.

Comprendre les mécanismes ainsi que les différences existant entre ces différentes catégories est indispensable pour aller plus loin en matière de prévention.

Et les autres pathologies cardiovasculaires ?

En 2015, Kivimäki et ses collaborateurs avaient déjà étudié le lien entre le travail prolongé et les pathologies coronariennes aiguës, comme l’infarctus du myocarde.

Les résultats vont dans le même sens que pour l’AVC, comme l’a révélé une analyse similaire effectuée sur un plus grand nombre d’études (37). Ledit effet est cependant plus limité, même s’il est aussi visible à plus de 55 heures par semaine (+13 %, avec un intervalle de 2 à 26 %). Des questions sur la robustesse de certaines études se posent toutefois.

Une étude similaire dans la cohorte CONSTANCES, qui vient juste d’être publiée, retrouve également cet effet pour des expositions à un temps de travail prolongé de plus de 10 ans, pour les hommes uniquement.

Comment interpréter ces résultats ?

Il faut tout d’abord souligner que le risque d’accident vasculaire cérébral étant faible dans la population, l’augmentation décrite par ces études reste heureusement modeste. C’est une des raisons pour lesquelles elle n’a pu être mise en évidence que récemment : il fallait pouvoir réaliser des études portant sur des populations de taille très importante.

De plus, même si cette augmentation du risque semble confirmée dans plusieurs études, elle n’a pas été systématiquement retrouvée. Il est donc nécessaire de comprendre les mécanismes sous-jacents expliquant ces résultats. Ces mécanismes pourraient être potentiellement différents en fonction du type d’accident vasculaire cérébral considéré.

À l’heure actuelle, des hypothèses ont été formulées concernant l’existence d’un lien direct entre le travail de nuit ou en horaire décalé et risques de problèmes cardiaques et vasculaires. D’autres hypothèses postulent que l’augmentation du risque observée serait indirecte : des conditions de travail génératrices de stress entraîneraient des modifications de comportements, comme une tendance à fumer davantage.

Notre étude sur la cohorte CONSTANCES, qui a notamment révélé un lien entre le risque d’accident vasculaire cérébral et le temps de travail prolongé (plus de 10 heures par jour, plus de 50 heures par an) sur une durée supérieure à 10 ans souligne l’importance de la durée d’exposition.

Tous ces travaux nécessitent certes d’être approfondis. Toutefois, leurs résultats plaident déjà en faveur de la recherche d’un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Une attention particulière doit aussi être portée aux facteurs de risque, ainsi qu’à la qualité du sommeil. Si cela n’est pas possible, il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin du travail, que l’on soit employeur ou salarié.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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