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Lutte contre le Covid-19 : les limites des comparaisons internationales

Lutte contre le Covid-19 : les limites des comparaisons internationales
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Pour évaluer la qualité de la réponse à la pandémie de Covid-19, il est tentant de comparer les situations d’un pays à l’autre. Mais cette approche peut mener à des erreurs d’interprétation.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, de nombreuses statistiques comparatives entre pays ont été publiées et analysées. On en tire des interprétations portant sur l’état du système hospitalier, l’efficacité des politiques mises en œuvre, la plus ou moins grande réactivité des gouvernements, les caractéristiques comportementales des populations touchées par l’épidémie, etc.

Nous allons montrer ici que ces comparaisons ne sont pas toujours pertinentes. Pour maintenir le suspense, nous ne donnerons pas immédiatement le nom du pays concerné : nous l’appellerons « l’entité », et nous le comparerons à la France. En route.

Deux à quatre fois moins de décès que la France

L’entité géographique en question se situe en Europe et compte un peu plus de 19 millions d’habitants. Soit davantage que les Pays-Bas, deux fois plus que la Suède ou l’Autriche, et entre trois et quatre fois plus que le Danemark ou la Norvège.

Au 22 avril, soit une à deux semaines après le pic des hospitalisations, des réanimations et des décès dans notre pays, le nombre de cas confirmés était de 81 pour 100 000 habitants. À la même date, on dénombrait alors 184 cas confirmés pour 100 000 habitants en France métropolitaine.

Le taux des hospitalisations en cours dans l’entité était à cette période de 14,9 pour 100 000 habitants, contre 45,8 pour 100 000 habitants en France métropolitaine. Celui des réanimations s’établissait respectivement à 2,9 et 8,0 tandis que le cumul des décès à l’hôpital était respectivement de 5,6 et 20,3 pour 100 000 habitants.

L’entité dont il est question a donc fait deux à quatre fois mieux que la France, dans tous les domaines. Si l’on compare avec des pays souvent cités en exemple, comme l’Allemagne ou la Suède, le bilan au 15 mai dernier en termes de mortalité s’établissait à 42,3 décès pour 100 000 habitants en France, 35,8 en Suède et 9,5 en Allemagne. Pour notre entité, ce taux était alors d’environ 12 pour 100 000. Un chiffre à peine supérieur donc à celui de l’Allemagne, et nettement en dessous de celui de la Suède.

Comparaison n’est pas raison

Faut-il invoquer, pour expliquer la bonne performance de notre entité par rapport à la France, une meilleure structure hospitalière, une moindre réduction des dépenses hospitalières au cours des dernières décennies ? Une gouvernance politique plus efficace ? Une attitude plus disciplinée des habitants ?

Non. Sur tous ces plans, la situation est en réalité très comparable entre notre entité et la France. Et pour cause : l’entité mystère se situe en France !

Covid-19 : Taux d’hospitalisations en cours au 22-04-2020 en France, par région.
Santé publique France, Author provided
Covid 19 : Taux de réanimations en cours au 22-04-2020 en France, par région.
Santé publique France, Author provided

Elle est constituée de l’ensemble de quatre régions, Bretagne, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, dont on sait qu’elles ont été beaucoup moins affectées par le virus que le reste du pays, comme le révèlent les deux cartes ci-contre.

Soulignons ici que les données de mortalité disponibles dans les régions françaises restent limitées aux cas constatés dans les hôpitaux et non en Ehpad, comme c’était aussi le cas pour la France entière jusqu’au 30 avril.

Pour estimer le taux de mortalité global dans notre entité géographique mystère, nous avons appliqué au taux « France entière » le rapport des mortalités hospitalières obtenu le 22 avril entre les 4 régions et la France entière. Nos données proviennent de Santé publique France, des ARS des quatre régions, et du site Open Stats Coronavirus.

De l’importance de l’information

On peut déduire de cet exemple que les comparaisons géographiques basées sur les frontières nationales ne sont pas toujours pertinentes, et surtout que les comparaisons interétatiques oublient un élément essentiel : la variabilité du taux initial de contaminations, qui est en partie aléatoire. Or un faible nombre de cas initiaux, ou leur étalement dans le temps, permet de réagir plus efficacement, en traitant toutes les chaînes de contamination. Ce qui devient impossible à partir d’un certain seuil de diffusion.

Cela met aussi en évidence l’avantage d’une bonne information. Il est plus facile de réagir lorsqu’on ne fait pas partie des premières régions contaminées, et que l’on peut tirer des enseignements de ce qui arrive à nos voisins. À condition – bien sûr – de réagir rapidement à cette information, et de disposer des outils nécessaires : tests, protections…

Reprenons les exemples de l’Allemagne et de la Suède, souvent cités comme modèles. Outre-Rhin, l’épidémie a démarré environ une semaine après son début en France, tandis que la Suède était touchée avec deux semaines de décalage par rapport à notre pays, lequel avait lui-même suivi l’Italie d’une dizaine de jours. L’Allemagne et la Suède ont donc bénéficié de davantage de temps pour réagir.

Certes, le délai n’est qu’un facteur parmi d’autres qui devraient sûrement aussi être pris en compte. On pense notamment à l’existence de grandes étendues urbaines, ou à celle de flux touristiques importants.

Certains événements « malchanceux » peuvent aussi accélérer les choses. C’est par exemple le cas désormais célèbre de la réunion évangélique qui s’est tenue fin février à Mulhouse. On sait aujourd’hui que ce type de rassemblement favorise la contamination de ceux qui y assistent. Partis d’Alsace, les participants ont ensuite répandu le coronavirus dans diverses régions. Sans cette manifestation, l’histoire de l’épidémie en France aurait peut-être été différente…



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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