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Maternité : les difficultés du post-partum, un tabou dangereux


Pourquoi est-il si difficile pour les jeunes mères de parler de leur expérience parfois négative de la naissance? Pexels, CC BY

La naissance est forcément un moment magique, plein de belles émotions avec un sentiment de bonheur profond… N’est-ce pas ?

Peu importe la culture, l’expérience de la naissance est considérée comme psychologiquement capitale dans la vie d’une femme. Une expérience initiatique, une « épreuve de féminité » à traverser avant de devenir femme.

Pourtant, la réalité ne correspond pas toujours à cette représentation idyllique.

Dès lors, pourquoi est-il si difficile pour les jeunes mères de parler de leur expérience parfois négative de la naissance et du post-partum – cette période qui suit l’accouchement jusqu’au retour des règles ?

Entre accouchement parfait et tabou des difficultés du post‑partum

Les femmes évoquent aisément leur sentiment de satisfaction en traversant la grossesse, les défis de la naissance, le fait d’avoir grandi personnellement et atteint un sentiment de maîtrise. Pour se conformer aux injonctions sociales habituelles, certaines affichent fièrement et avec soulagement les détails de leur accouchement parfait : une naissance à la maison, peu d’interventions médicales et un accouchement par voie basse qui plus est rapide… font qu’une mère considère ce moment comme réussi, ce qui augmente son estime d’elle-même.

Mais suite à une expérience plutôt négative ou douloureuse, une mère peut ne pas vivre cette expérience comme « magique » et éprouver un certain décalage avec son entourage, un sentiment de déception voire d’échec. Ce qui diminue l’estime de soi et s’accompagne de forts sentiments de déception et de culpabilité. Au-delà de ce ressenti, ces difficultés physiologiques ou psychologiques qui peuvent s’installer dans les mois qui suivent un accouchement difficile par exemple sont également accompagnées d’un sentiment de honte.

Ce vécu négatif a pour conséquence un repli sur soi et la non-communication sur ces problèmes et leurs symptômes. Le manque de reconnaissance des possibles expériences négatives autour d’une naissance alors que s’impose partout une représentation de l’accouchement qui se doit d’être parfait font que parler des difficultés du post-partum reste tabou. Notre société a plus tendance à valoriser les succès, à idéaliser le perfectionnisme et à rejeter les difficultés ou les expériences négatives vécues.

La réalité du post-partum

La réalité du post-partum et de la parentalité est en fait souvent moins idéale que dans les représentations sociales… Il est admis que les femmes ressentent une fatigue importante, des changements physiologiques, et une augmentation de leur vigilance afin d’assurer un environnement sécurisant pour le nourrisson. De plus, des problèmes physiques sont fréquents comme les douleurs, le manque d’appétit et de désir sexuel ou la présence de nausées.

Mais les problèmes du post-partum ne sont pas seulement physiques. Peuvent également survenir des troubles psychiques, comme la dépression post-partum, relativement reconnue, et la possibilité de développer un trouble de stress post-traumatique (TSPT), beaucoup moins connue.

L’accouchement traumatique

Même si la plupart des femmes vivent bien leur accouchement et le post-partum, 15-20 % d’entre elles décrivent un vécu traumatique de leur accouchement. Un accouchement est considéré traumatique lorsque des interventions urgentes sont nécessaires ou lorsque la mère et/ou le bébé a/ont risqué des blessures graves ou la mort. Toutefois, même dans le cas d’un accouchement dit « normal », certaines femmes ont un vécu traumatique en lien avec une inquiétude majeure ou une détresse subjective survenue au cours de la naissance.

Suite à un accouchement vécu comme traumatique ou très stressant, 3,17 % des femmes développent les symptômes d’un tel stress post-traumatique du post-partum (TSPT-PP), soit 4,3 millions de femmes dans le monde par an. Un TSPT-PP se présente par des symptômes de reviviscences (flashbacks, cauchemars), d’évitement (de tout ce qui rappelle l’accouchement), des affects et pensées négatifs, et des symptômes d’hyperéveil (hypervigilance, sursauts).

Les antécédents de troubles psychiques, un éventuel manque de soutien perçu lors de l’accouchement, l’expérience subjective de l’accouchement ou encore les antécédents traumatiques sont des facteurs aggravant le risque de développement des symptômes d’un stress post-traumatique du post-partum.

Des conséquences pour la mère et l’enfant

La persistance de tels troubles peut avoir des conséquences sur le comportement de la mère face aux besoins de l’enfant, le lien d’attachement entre la mère et l’enfant et sur le développement de l’enfant. Garthus-Niegel, Horsch et Ayers ont démontré en 2017 que le TSPT-PP était associé à la diminution de l’allaitement et de l’attachement émotionnel entre la mère et l’enfant, ainsi qu’à une difficulté de la mère à montrer de l’affection pour son enfant. Ces enfants sont alors plus à risque de troubles du développement – du type déficience de l’attention avec hyperactivité, etc.

La dépression du post-partum (DPP) est un autre trouble fréquent du post-partum (10-15 %), souvent considéré comme la « maladie cachée », comme s’il était honteux d’être triste après une naissance. Il consiste en un épisode dépressif caractérisé dans les quatre semaines du post-partum. Les mères souffrant de DPP éprouvent souvent de la tristesse ou de la perte d’intérêt, une fatigue constante, des inquiétudes excessives pour le nourrisson, une irritabilité et une anxiété importante.

Mais la mère n’est pas la seule à en souffrir. La dépression peut en effet également entraîner des difficultés dans son interaction avec l’enfant, en lien une diminution de sa réactivité du fait des symptômes dépressifs. Une interaction altérée peut affecter négativement le développement social et cognitif et même le développement neurobiologique de l’enfant, voire augmenter son risque développer des symptômes d’anxiété ou de dépression plus tard dans la vie.

Comment se préparer au post-partum ?

Nous sommes toutes et tous invités à nous informer, à considérer ce risque, et à tenter de prévenir des troubles psychiques du post-partum : ceci tant pour une meilleure qualité de vie des jeunes parents que pour de diminuer les risques et les conséquences sur le développement de l’enfant. Il faut oser en parler ! Le tabou commence à se fissurer en France, avec notamment le lancement du hashtag #MonPostPartum.

Plusieurs études ont démontré que les troubles du post-partum peuvent être évités par des soins appropriés lors de la grossesse et un soutien important lors de la naissance, à même de réduire le risque traumatique. Il est aussi important d’évaluer les antécédents psychiques et traumatiques antérieurs, afin d’en tenir compte dans la prise en charge.

Que peut-on faire en tant que jeune parent ? Tout d’abord, favoriser l’allaitement, quand c’est possible, car cela permet un bon attachement mère-enfant et semble être un facteur de protection contre le développement d’un trouble psychique du post-partum. Développer un réseau de soutien émotionnel, familial, amical ou professionnel afin de partager ses inquiétudes et de s’éduquer sur les gestes de soins pour l’enfant. Des soins psychiques conjoints parent-enfant sont également possibles et améliorent la qualité de vie de la mère, de l’enfant et de toute la famille.

Il n’existe bien entendu pas de remède unique : chaque femme a son histoire de vie originale et vit son accouchement (et le post-partum) différemment. Une aide est possible pour chacune, de façon personnalisée et en lien avec ses expériences spécifiques.

Et le bien-être des pères, on en parle ? Les pères peuvent également partager leur vécu ! Merci à eux…

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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