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mieux prendre en compte la vulnérabilité des populations féminines

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En France, la loi de Santé Publique prévoit la réalisation tous les cinq ans d’un « Plan National Santé Environnement » (PNSE). Le 4ᵉ de ces plans d’action, visant la période 2020-2024, a été rendu public en octobre dernier.

Parmi ses objectifs affichés figure le soutien à la recherche, en vue notamment d’améliorer les connaissances sur « les expositions et les effets de l’environnement sur la santé des populations ». L’accent est mis sur un concept proposé en 2005 par l’épidémiologiste britannique Christopher P. Wild : l’exposome, défini comme « l’intégration sur la vie entière de l’ensemble des expositions qui peuvent influencer la santé humaine ».

La prise en compte de la dimension du genre dans l’exposition aux nuisances de santé fait partie intégrante du concept d’exposome : hommes et femmes n’y sont pas exposés de la même façon. Pourtant, les projets de recherche sur l’exposome consacrés à l’environnement social, professionnel et économique, prennent rarement en compte la notion de genre en tant que telle, ce qui pose problème. Explications.

L’exposome, au cœur des politiques de santé

Aux États-Unis, la notion d’exposome est présente depuis 2012 dans tous les plans stratégiques de l’Institut national des sciences de la santé environnementale. En France, elle est un « élément structurant des politiques de santé » dans la loi de modernisation du système de santé de 2016.

Plus précisément, le projet d’exposome vise à compléter les données sur le génome humain, en s’intéressant à l’ensemble des conditions chimiques, physiques, et biologiques auxquelles est exposé un individu, de sa conception à l’âge adulte. Le tout, en intégrant les facteurs sociaux, culturels et économiques liés aux conditions de vie.

Naturellement, de très nombreux paramètres doivent être pris en compte : les nuisances chimiques (polluants, particules fines, air intérieur ou extérieur, eaux, sols), mais aussi le niveau de vie, les conditions de travail, l’alimentation, la consommation de médicaments, les infections microbiennes, les pollutions sonore et lumineuse, les radiations, etc.

Tout l’enjeu consiste à considérer la multiplicité de ces expositions, leurs interactions et leurs effets cumulés dans le temps, tout au long de la vie.

Le genre : une nécessaire prise en compte

La prise en compte de la dimension du genre dans l’exposition différenciée des femmes et des hommes aux nuisances de santé fait partie intégrante du concept d’exposome. Mais paradoxalement, dans la majorité des programmes de recherche sur la santé environnementale, la notion de genre n’est pas considérée en tant que telle.

Deux domaines de recherche font exception. Le premier est celui de la santé sexuelle et reproductive : en matière de recherche sur les effets des perturbateurs endocriniens et des polluants chimiques, la baisse de fertilité des femmes et des hommes, la vulnérabilité des femmes enceintes et des fœtus sont des thèmes majeurs. Le second domaine est celui qui concerne les recherches portant sur la situation de vulnérabilité aggravée des femmes en raison des bouleversements climatiques, en particulier dans les pays du Sud : sécheresse, pénurie alimentaire, migrations, etc.

Au-delà de ces préoccupations, parmi les projets de recherche sur l’exposome consacrés à l’environnement social, professionnel et économique, rares sont ceux qui mettent en exergue les inégalités de santé liées au genre.

La crise sanitaire de la Covid-19 a pourtant mis en lumière la vulnérabilité des femmes face à la dégradation des conditions de vie professionnelle et domestique.
Il nous paraît donc essentiel d’élargir les réflexions sur la santé environnementale, en tenant compte explicitement des facteurs socioculturels et économiques dont le cumul fragilise les femmes plus que les hommes.

Les femmes sont surexposées aux risques professionnels

On constate l’existence d’une hiérarchie dans l’importance des risques professionnels associés aux métiers masculins et féminins, qui tient avant tout à la ségrégation des emplois.

Les hommes, majoritaires dans l’industrie et le bâtiment, sont exposés à l’amiante, aux solvants diluants, au port de charges lourdes, au bruit, etc. Les femmes, plus nombreuses dans les métiers de commerce, services et soins à la personne, sont exposées aux polluants contenus dans les produits de nettoyage, cosmétiques, tickets de caisse (bisphénols…), etc.

En pratique, les métiers majoritairement féminins sont souvent considérés comme plus faciles et moins dangereux. Or cette perception est en contradiction avec la réelle pénibilité de nombreux métiers.

Qu’il s’agisse d’infirmières, d’aides à domicile, de caissières, ou d’ouvrières, les femmes sont surexposées au port de charges qui dépassent souvent la norme du Code du travail, soit vingt-cinq kilos. Résultat, les troubles musculo-squelettiques sont chez elles plus importants – et c’est en particulier le cas des employées et ouvrières. Quant aux cancers d’origine professionnelle, ils sont moins souvent reconnus chez elles. Une étude récente de l’Inserm montre néanmoins que le travail de nuit augmente de 26 % les risques de cancer du sein.

Ajoutons que les expositions ne se cantonnent pas aux facteurs physiques et chimiques de l’environnement professionnel. On doit aussi tenir compte des facteurs de risques psychosociaux liés à l’organisation et aux contraintes du travail. Or ils sont plus fréquents dans les métiers à prédominance féminine, où les postes sont peu qualifiés, les horaires atypiques, le travail morcelé, avec un manque d’autonomie, mais aussi des discontinuités et des ruptures dans le parcours professionnel, etc.

Les femmes figurent parmi les plus précaires

Les femmes constituent aujourd’hui la majorité des personnes en situation de précarité. Plus précisément, elles représentent 70 % des travailleur·euse·s pauvres, occupent 82 % des emplois à temps partiel, et forment 85 % des familles monoparentales, dont une sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

Chacun le sait, ce manque de moyens s’accompagne de risques sanitaires accrus. L’habitat insalubre peut en effet provoquer ou accentuer de nombreuses pathologies : saturnisme lié aux peintures au plomb, maladies respiratoires liées à l’humidité, maladies infectieuses favorisées par des équipements sanitaires insuffisants, etc.

A ces risques, s’ajoute une dégradation de l’hygiène de vie, avec une mauvaise alimentation, la consommation d’alcool et de tabac, ou encore le manque d’activité physique. Autant de facteurs qui favorisent l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, les troubles dépressifs… Sans compter que le manque de ressources financières constitue l’une des premières causes de renoncement au soin.

Charge mentale et violences conjugales

Au-delà de constituer l’essentiel des familles monoparentales, les femmes ont en majorité la charge des activités domestiques et parentales, y compris lorsqu’elles travaillent. Elles sont aussi plus nombreuses que les hommes à aider les proches en perte d’autonomie. Et concilier le tout représente une charge mentale qui accroît les risques de développer des troubles anxieux et dépressifs.

Par ailleurs, les violences au sein du couple et les violences sexuelles constituent un risque majeur pour la santé des femmes : blessures traumatiques et gynécologiques, troubles psychiques et psychosomatiques, troubles du sommeil et de l’alimentation, anxiété, dépression, syndrome post-traumatique, conduites addictives, idées suicidaires, etc.

Décloisonner les disciplines : un impératif

Les recherches sur l’exposome font appel à de nombreuses disciplines : biologie, médecine, physique, chimie, épidémiologie, sociologie, santé publique, etc. Or le dialogue entre sciences « dures » et sciences sociales ne va pas toujours de soi, ce qui complique la sensibilisation des chercheurs à l’importance de la notion de genre dans les risques sanitaires liés à l’environnement.

Cette situation invite à élargir les approches sur l’exposome, en faisant se croiser les thématiques « santé-environnement » « santé-travail », et « santé-genre ». Il s’agit en effet d’enrichir les connaissances des chercheurs, de faire émerger des questionnements transversaux en favorisant les échanges entre différentes communautés scientifiques. Mais il s’agit aussi d’affiner les réflexions sur les moyens de prévention et d’information auprès des populations vulnérables, et des femmes en particulier.


Pour en savoir plus :

– Lire les conclusions du Comité d’éthique de l’Inserm, qui s’est saisi de cette question dans une note publiée en novembre 2020.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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