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Qu’est-ce que l’ASMR, et qu’en dit la science ?

Qu’est-ce que l’ASMR, et qu’en dit la science ?
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Le sigle « ASMR » est la troisième requête la plus populaire sur le site d’hébergement de vidéos Youtube. Si ces quatre lettres ne vous sont pas familières, sachez qu’il s’agit de l’abréviation de l’expression anglophone « autonomous sensory meridian response », qui peut être traduite par « réponse autonome sensorielle culminante ».

L’ASMR est un état émotionnel complexe, qui n’est pas expérimenté par tous. Il survient chez personnes qui y sont sensibles lorsqu’elles sont entendent, voient ou ressentent certains « déclencheurs » : chuchotements, mouvements délicats des mains, caresses légères… La sensation qui en résulte est décrite comme un picotement qui commence au sommet de la tête et peut s’étendre au cou et aux membres. Elle se présente sous forme de vagues et génère un état d’immersion : la personne se retrouve « en transe », ressentant euphorie et détente.

L’intérêt pour l’ASMR a explosé depuis que le terme a été inventé, voici une dizaine d’années. Tout a commencé par une courte vidéo de chuchotement. Publiée sur YouTube en 2009, elle est devenue virale. Onze ans plus tard, les vidéos des « ASMRtists » (mot-valise anglais constitué des termes « ASMR » et « artist »), destinées à engendrer cet état de [transe euphorique relaxante](https://psycnet.apa.org/record/2018-45821-001](https://psycnet.apa.org/record/2018-45821-001), récoltent des millions de vues.

Malheureusement, l’enthousiasme de la recherche n’a pas été le même que celui du public, et on dénombre seulement une poignée d’articles scientifiques sur le sujet à l’heure actuelle. Afin de mieux comprendre ce phénomène complexe et alors que le futur de la recherche sur l’ASMR se dessine, notre équipe a mis en place un réseau scientifique destiné à mettre en relation personnes, idées et ressources.

Voici ce que nous savons déjà.

Des déclencheurs communs

Tout le monde n’est pas capable de ressentir l’ASMR, mais ceux qui en font l’expérience relatent des similitudes dans ses effets. En premier lieu, l’ASMR se manifeste généralement dès l’enfance (les premiers exemples couramment cités sont les picotements ressentis lors des contrôles anti-poux à l’école ou lors du jeu de devinette « quelle lettre suis-je en train de tracer sur ton dos ? »). Il est intéressant de noter que lorsque les gens découvrent que l’ASMR est quelque chose « à part », ils rapportent souvent que, lorsqu’ils l’ont ressenti pour les premières fois, ils ont cru soit que tout le monde avait déjà vécu la même expérience qu’eux, soit qu’ils étaient les seuls à l’avoir jamais ressenti.

Seconde constatation : bien que les personnes sensibles à l’ASMR aient chacune leurs propres préférences, il existe des constantes remarquables dans les déclencheurs de cet état émotionnel : les plus courants sont les touchers légers, le chuchotement, les paroles douces, le fait de se trouver très proche de l’individu qui leur manifeste une attention personnelle, les mouvements délicats des mains et la clarté sonore de certains sons.

Quelques exemples de « déclencheurs »

Les situations qui induisent l’ASMR reposent souvent sur une combinaison de plusieurs de ces déclencheurs. Il peut s’agir de se faire couper les cheveux, ou de regarder quelqu’un accomplir une tâche banale telle que le pliage du linge. Sans surprise, les vidéos ASMR les plus populaires simulent cette superposition de déclencheurs.

Quand le cerveau picote

L’ASMR a fait l’objet de trois études par imagerie cérébrale. L’une d’entre elles a examiné en temps réel les zones activées lorsque survenaient les picotements caractéristiques de cet état. Pour cela, dix participants sensibles ont pris place dans un appareil d’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) et ont été exposés à des vidéos censées déclencher l’ASMR.

Ces travaux ont révélé une activation accrue des régions du cerveau impliquées dans les émotions, l’empathie et les comportements affiliatifs (qui permettent de transmettre au partenaire une intention d’interaction sociale sécurisante) durant les périodes où les picotements se produisaient. Ces résultats sont préliminaires et basés sur un échantillon de petite taille. Ils sont cependant intéressants, car les auteurs y comparent l’ASMR à des comportements de soins et de toilettage : cela suggère que l’ASMR activerait les voies neurologiques impliquées dans les liens socioémotionnels. Cette idée est quelque peu soutenue par d’autres recherches, qui ont mis en évidence le fait que les personnes qui font l’expérience de l’ASMR peuvent se sentir davantage connectées aux autres à d’autres personnes.

Deux autres études d’imagerie cérébrale ont adopté une approche différente. Elles ont examiné les différences d’activité cérébrale au repos (lorsque les personnes sont simplement allongées dans le scanner) chez des individus sensibles à l’ASMR, et chez des individus non sensibles. Les auteurs ont découvert que les personnes sensibles ont [des réseaux neuronaux moins distincts et plus intriqués](https://peerj.com/articles/7122/](https://peerj.com/articles/7122/) que les autres, ce qui suggère que l’ASMR pourrait se produire en raison d’une capacité réduite à réprimer les réponses émotionnelles résultant des stimulations sensorielles.

Ce résultat peut sembler négatif, mais ce n’est pas forcément le cas. Les informations provenant du monde extérieur (images, sons, odeurs) que nous intégrons donnent lieu à des expériences émotionnelles. C’est le cas pour tout le monde, mais la manière dont chacun le fait peut varier.

L’une des premières vidéos ASMR jamais uploadées sur YouTube.

Être moins capable d’inhiber les connexions entre notre monde intérieur et le monde extérieur peut signifier vivre des expériences émotionnelles positives plus intenses, qui peuvent se traduire par la chair de poule en entendant notre musique préférée ressentir l’émerveillement, ou d’autres émotions complexes, face à une œuvre d’art.

Les personnes qui sont sensibles à l’ASMR sont plus susceptibles de vivre des expériences multisensorielles complexes : la musique peut par exemple les faire frissonner et ils sont aussi sujets à la synesthésie (chez les gens affectés par cette « union des sensations », un seul stimulus sollicite simultanément plusieurs sens). Malheureusement, les individus réceptifs à l’ASMR sont également plus susceptibles de faire l’expérience de la misophonie, (qui signifie littéralement « haine du son »), une aversion pour les bruits produits par les autres.

Plus empathique

Outre les aspects neurologiques, les chercheurs ont exploré les autres différences entre personnes réceptives à l’ASMR et personnes non réceptives. Dans l’ensemble, les recherches suggèrent que les premières ont davantage tendance à vivre des expériences plus immersives ou plus captivantes.

Elles obtiennent aussi un score plus élevé pour le trait de personnalité « ouverture à l’expérience », qui reflète l’imagination, la curiosité intellectuelle et l’appréciation de l’art et de la beauté.

Elles sont enfin plus empathiques, au moins concernant deux critères, à savoir la compassion et le souci des autres ainsi que la capacité à s’immerger dans leur imagination ou dans la fiction.

Un outil de thérapie ?

Un rapide coup d’œil aux commentaires des vidéos ASMR suffit pour se convaincre que cet état émotionnel est une réelle source de réconfort pour ceux qui les visionnent : elles améliorent leur humeur, soulagent leurs insomnies et vont même jusqu’à atténuer les effets de la solitude.

Ces affirmations sont certes anecdotiques, cependant nous disposons à présent de preuves scientifiques préliminaires pour les étayer. Des réductions significatives du rythme cardiaque de personnes sensibles à l’ASMR ont été enregistrées pendant qu’elles regardaient des vidéos destinées à déclencher cet état. Ces changements traduisent une réduction du niveau de stress comparables à celle observée lors de la méditation de pleine conscience ou de l’écoute de musique. Toutefois, la question de savoir si l’ASMR peut constituer une forme de thérapie efficace et devrait être utilisée comme telle reste pour l’instant sans réponse.

C’est une période passionnante pour la recherche sur l’ASMR, car nous ignorons encore tant de choses… De futures études sont nécessaires pour déterminer si tout le monde a le potentiel de ressentir l’ASMR, ou si cette approche pourrait constituer une nouvelle forme de thérapie. Espérons aussi que la recherche permettra un jour de déterminer pourquoi seules certaines personnes semblent capables d’expérimenter ce phénomène unique.

The Conversation

Giulia Poerio does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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